Livre et Exposition Hypnos

Au cours de mes recherches j’ai eu beaucoup de mal à trouver des livres d’art abordant les thèmes de l’automatisme et de l’inconscient. La plupart des livres qui abordent ces questions sont soit très pointus et parlent de psychiatrie, soit trop succincts.

L’écriture automatique est un sujet largement abordé dans le domaine littéraire, le dessin automatique est quant à lui méconnu, il est perçu comme une des multiples techniques utilisées par le mouvement surréaliste.

En 2009, le Musée d’Art moderne de Lille Métropole a organisé une exposition intitulée: Hypnos – Images et inconscients en Europe (1900 – 1949) qui a rencontré un vif succès, je n’ai pas eu la chance de la voir, mais pour l’occasion le musée a publié un catalogue d’exposition : Hypnos : images et inconscients en Europe (1900-1949), (Coll.) Musée d’art moderne Lille, Villeneuve d’Ascq, 14 mars- 2 juillet 2009, 341 p.

Cet ouvrage aborde de façon indissociée l’art, la psychanalyse, l’automatisme, l’art médiumnique, l’inconscient, les rêves. Il retrace l’histoire de la découverte de l’inconscient et met en lumière l’interprétation et l’appropriation de l’inconscient par les artistes en Europe durant la première moitié du 20e siècle.

C’est une très bonne base pour approfondir toutes ces questions…

 

Les conférences de l’artiste

Dans les années 1947-1953, Regner réalise une série de conférences en rapport avec la psychanalyse et la peinture.

Une première en 1947 tenue à Fontainebleau et Amiens sous le titre de Psychanalyse, spéculation et peinture Moderne, une seconde à Fontainebleau et Boulogne-sur-Mer en 1950 intitulée L’Inconscient et la peinture Moderne. Enfin une troisième Pour Comprendre la peinture actuelle présentée en 1953 à Boulogne-sur-Mer.

Ces trois conférences font partie des plus importants documents de la main de l’artiste et sont incontournables pour comprendre sa démarche. Ces écrits permettent de mesurer l’état de ses recherches dans ces années.

Non seulement Regner se place en tant que peintre et amateur d’art, mais essentiellement en tant que psychanalyste, ayant une vision globale de l’art de son temps, il jongle entre histoire de l’art, littérature et psychanalyse ponctuant son exposé d’exemples personnels.

En ce qui concerne la psychanalyse, la première conférence montre que le sujet est déjà bien maîtrisé par l’artiste. Il explique ses premières recherches menées sur l’interprétation des rêves. Il y donne plusieurs exemples d’interprétations de rêves racontés par ses jeunes élèves.

C’est à Fontainebleau que j’ai cherché à connaître la valeur de l’interprétation du rêve. Après une préparation de quelques semaines au cours de laquelle je me suis imprégné de tous les symboles collectifs les plus fréquents, j’ai choisi comme laboratoire d’essais, une classe de collège de jeunes filles, classe particulièrement sympathique. Et un beau jour j’ai affirmé à mes élèves que j’étais capable d’interpréter leurs rêves (affirmation téméraire qui à l’usage s’est révélée exacte ainsi que le savent les témoins). Extrait de la conférence Psychanalyse, spéculation, peinture moderne, Regner, 1947.

L’Atelier Saint Luc

« [L’école d’art de Calais] est bien éloignée des recherches artistiques de deux des plus illustres élèves de l’école : Henry Lhotellier et Alfred-Georges Regner. Ce dernier […] s’inscrit aux cours de 1920 à 1927. Mais rapidement, l’enseignement de l’école lui paraît statique, routinier et sans issue pour sa carrière. Il quitte l’école en 1925 et créé en dissidence l’atelier Saint-Luc qu’il installe dans une vaste salle désaffectée d’une usine de dentelles. Il est rejoint par plusieurs élèves de l’école, dont Henry Lhotellier. » Buchard Laurent, Noël Benoît, l’École d’art de Calais, Calais, Communauté d’Agglomération du Calaisis, 1997.

Cet atelier fut en activité entre 1925 et 1929. Un article paru à l’époque décrit ce que furent les fondements de cet atelier. Le groupe se veut avant tout égalitaire et ouvert à tous, il est fait d’échanges de connaissances artistiques et de recherches plastiques :

« Dans cet atelier, Regner et ses amis discutent de l’actualité artistique, se livrant, à l’instar des surréalistes, à l’écriture et à la peinture automatique pour en dégager des intérêts purement plastiques. » Le Nouëne, Tonneau-Ryckelynck, Henry Lhotellier, Rétrospective et catalogue raisonné de l’œuvre gravé, Musée des Beaux-arts, Calais, 1992, p. 19.

Lhotellier, dans un de ses articles décrit les attirances de Regner pour la décoration murale, qu’il intègre à sa peinture de l’époque, que l’on retrouvera par la suite dans sa première façon d’adapter les dessins automatiques, particulièrement dans la composition de ses fonds. C’est dans ce creuset de l’atelier Saint-Luc que Regner commença ses études très poussées sur les dessins automatiques produits par les surréalistes, mais aussi sur la parapsychologie et l’ésotérisme. Ce qui permet d’affirmer que le groupe était très informé des expériences pratiquées par les surréalistes à cette même époque.

Un premier essai de peinture automatique date de cette même période. Lors des séances à l’atelier, Henry Lhotellier raconte que son ami avait tenté une transposition de l’écriture automatique en peinture :

« Bien plus attiré par la psychanalyse et par l’étude de l’inconscient, tu nous fis découvrir la possibilité d’une « peinture automatique », à l’instar de l’écriture automatique des poètes surréalistes. Nous fîmes ainsi que toi-même, de nombreux essais dans cet esprit. De cette époque, il me reste ta petite peinture Combat des Walkyriesque j’ai vus naître, à partir de tâches et de coups de pinceau posés sans intention préconçue ; mais comme pour le test de Rorschach, ils servaient de support et de déclencheur à l’imagination. C’est sans doute là ta première œuvre automatique. »Lhotellier, Bononia, 1990.

Cette toile date de 1925, dans des couleurs relativement sombres, correspondant à ce que faisait l’artiste à cette période, peinture qui se limitait à des portraits et des natures mortes assez « statiques ». À la différence du Combat des Walkyries, très rythmée, composée d’une sorte de ronde de femmes guerrières armées, scène observée par un homme représenté par une tête en bas à droite de la toile. Les coups de pinceau décrits par Lhotellier sont bien perceptibles, cependant dans un second temps le peintre a jugé bon de mettre en évidence les formes, en les soulignant d’un trait noir.

Les raisons de fermeture en 1929 de l’atelier demeurent obscures, Regner quitte Calais en 1927 pour rejoindre Tunis afin d’y effectuer son service militaire jusqu’en 1929. Ce pays aura une grande influence sur sa peinture, notamment il en gardera le goût des couleurs vives et des objets orientaux. À son retour, Regner s’installe à Paris, s’inscrit aux Beaux-arts et à l’École du Louvre, puis à l’École Nationale des Arts Décoratifs où il étudiera durant trois années.

Voeux 2012

Voici la carte de vœux 2012 de l’association a.a.A-G.R.

A partir de cette carte de vœux, je vais vous parler des vœux souhaités par Alfred Georges Regner puis par l’association, puis je vais vous montrer la déclinaison de cette œuvre à travers ses divers supports, qui est assez intéressante…

Les Vœux :

Comme il a été mentionné précédemment, Regner se met à la gravure à partir de 1945. La première gravure réalisée pour les vœux du nouvel an est réalisée en 1947. A partir de 1981, ses gravures se feront plus rares, mais il continuera jusqu’en 1986.

Voici une petite sélection de gravures :

(Au passage, Toi et moi, Amour Amour est une gravure remarquable, notamment pour la subtilité des traits et cet effet sur les voilages qui paraissent transparents).

L’association Alfred Georges Regner a gardé cette tradition, chaque année elle envoie sous forme de carte postale une reproduction d’une toile de Regner ou d’une actualité en rapport avec l’association : comme une reproduction d’œuvre du lauréat du prix Regner-Lhotellier.

L’œuvre à travers sa déclinaison de supports:

Dessin automatique retenu et l’écran qui prépare la toile :

 

Dessins automatiques non retenus :

Ce qui prouve qu’un dessin automatique peut être réalisé en série.

La Gravure et la toile :

La Monographie écrite par Georges Turpin

En 1951, Georges Turpin, critique d’art, publie une monographie sur Alfred Georges Regner, paru aux éditions Debresse.

Comme la date de publication l’indique, ce livre ne traite pas entièrement de l’œuvre de l’artiste, mais est éclairante à bien d’autres égards. Ce qui est intéressant, c’est que cet ouvrage témoigne de la première période automatique, ce qui est rare car elle n’a pas été très longue et Regner en a très peu parlé, considérant probablement que l’automatisme n’était pas respecté et avait donc moins de valeur que la seconde manière.

L’auteur retrace le parcours de l’artiste, parle de ses débuts, de ses influences et de ses recherches notamment sur la couleur. Il fait la description d’un grand nombre de toiles. Ces propos sont appuyés par des citations de critiques, ce qui permet de comprendre comment Regner est perçu dans le milieu artistique.

Je trouve que son texte est très complet et très documenté, il est fondamental pour la compréhension de la démarche de Regner.

Selon moi, pour la rédaction de cette monographie, Regner a réalisé un cahier reprenant ses dessins préparatoires, qu’il avait intitulé « Le livre des gestations », par ailleurs, l’artiste souhaitait probablement laisser une trace de sa démarche et a confectionné ce document avec une grande méticulosité.

Ce qui m’amène à dire que ce document ait été réalisé pour cette occasion est que le dernier dessin présenté date de 1951, ce qui correspond aussi à la date de parution de la monographie.

Cet ouvrage est très difficile à trouver, mais qui est disponible dans certaines bibliothèques. De toute façon, je le cite très souvent. Il parle notamment de la période classique de l’artiste que je n’aborde pas. Je ne peux m’empêcher de vous montrer deux toiles de la période dite « classique » où Regner effectue ses gammes.

Église de Vaux-sur-Aure, 1936, 22 x 33 cm

Je vous en reparlerai peut-être ultérieurement…

Cathédrale de Bayeux, 1937, 50 x 7 cm